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Interview de Jean Maisondieu

MaisondieuInvité à la Réunion dans le cadre de la journée mondiale d'Alzheimer, le Docteur Jean Maisondieu, psychiatre des hôpitaux et auteur du livre "Le crépuscule de la raison", a animé une conférence intitulée « Regardez, écoutez nous autrement : la relation entre le malade et les autres ». L'occasion pour le psychiatre de nous ouvrir les yeux sur ce qu'il appelle l' « autruicide ».


Comment, en tant que psychiatre, avez-vous été amené à vous intéresser aux malades d'Alzheimer ?
Dr Jean Maisondieu : Il y a 30 ans, j'ai ouvert un service de psychiatrie dans un hôpital de Bretagne. Rapidement, je me suis aperçu que trop occupés que nous étions par les malades plus jeunes au comportement plus « remuant », nous n'assurions pas une prise en charge adaptée des patients âgés. On a donc décidé de leur dédier un pavillon spécifique. Nous avons écarté le diagnostic de démence chez ceux qui avaient des troubles cognitifs, car du fait de l'étymologie du terme (de mentis : sans esprit) ils étaient immédiatement perçus comme chroniques et incurables. Et nous avons utilisé dans ce pavillon les mêmes approches psychothérapiques que dans les autres. On a rapidement constaté que cette modification du regard porté sur ces patients avait une influence positive. Par exemple, au restaurant, leur comportement à table était moins désordonné qu'à l'hôpital, le moment du repas devenant un moment de partage au cours duquel soignés et soignants se percevaient comme des semblables. Surtout, un jour, j'ai eu une surprise : une patiente «alzheimer » s'avérait capable de reconnaître les visages des autres en photo mais pas le sien. Ce n'était donc pas qu'elle ne pouvait pas se voir, mais qu'elle ne voulait pas se voir ! De là, ont commencé mes recherches. 


Est-ce que cela signifie que le malade d'Alzheimer, inconsciemment, détruit lui-même sa mémoire immédiate ?

Dr Jean Maisondieu : Dans le modèle médical ce sont seulement des atteintes du cerveau qui provoquent les troubles de la mémoire dans l'Alzheimer. Or Freud a découvert qu'on ne pouvait pas relier les symptômes des hystériques à des lésions cérébrales, mais qu'il fallait les comprendre comme traduisant un refus de penser à certaines choses et un désir de ne pas se souvenir de certains événements. Il me semble qu'il se passe à peu près la même chose dans Alzheimer. Parler de la mort est tabou. Aussi, il se produit un double phénomène. Le malade est exclu par la société parce que, vu son âge, il évoque la mort. Du coup, il s'exclut parce qu'il ne supporte pas d'être rejeté. D'où un trouble de la communication. Nous sommes les seuls mammifères capables d'influer notre mémoire pour chasser de notre esprit idées et souvenirs désagréables. Au risque si on fait trop le vide de paraître perdre l'esprit et de ne plus pouvoir communiquer avec autrui.

Votre approche est donc celle d'une analyse systémique.
Dr Jean Maisondieu : Oui, pour une part. Malheureusement, cet aspect systémique n'est pas encore vraiment pris en compte par la gériatrie. Au-delà de la dimension organique de la maladie et de ses mécanismes psychiques, il y a une dimension sociale, une construction de notre société. Autrefois, on mourait jeune : de maladie, d'accidents. Le vieux et surtout le très vieux pouvait être un « vénérable vieillard » respecté pour son expérience et comme détenteur de la mémoire collective. Aujourd'hui, à l'ère informatique, ce dernier rôle lui échappe. D'autre part nous avons gagné 30 ans d'espérance de vie grâce aux prouesses de la médecine... Quand on meurt, c'est qu'on est au bout du rouleau. Résultat : la vieillesse est devenue synonyme de la mort qui fait peur. Dans une maison de retraite, on se dit « Mon dieu quelle horreur ! Pourvu que je ne finisse pas comme cela ! ». On rejette la personne âgée qui nous renvoie à notre mortalité. 


C'est ce que vous appelez l' « autruicide » ?
Dr Jean Maisondieu : « autruicide » signifie « meurtre d'autrui », mais aussi « manque de considération à l'égard d'autrui ». Avec l'Alzheimer l'altérité est mise à mal. Or cette notion est centrale dans l'Humanité. C'est elle qui lie les hommes et chacun a besoin d'être et de se sentir bien considérés pour s'affirmer pleinement comme autre, c.a.d comme sujet. Or dans l'Alzheimer, le patient perd sa considération pour lui-même. Il fuit son double : « il ne peut plus se voir en peinture ». « Il ne peut plus se sentir », et pour finir, il adopte le « je ne te parle plus » comme les enfants quand ils sont fâchés. Et les siens peinent aussi à le reconnaître, lui qui ne les reconnaît plus. Ils le perçoivent comme un étranger, alors qu'ils savent bien que c'est un proche et ils en souffrent. 


Dans cette perspective quel est l'intérêt de la recherche pharmacologique ?
Dr Jean Maisondieu : Alzheimer n'est ni tout organique, ni tout psychiatrique. C'est pourquoi, la recherche pharmacologique doit se poursuivre, même si elle ne peut prendre en compte la dimension relationnelle de cette pathologie aliénante. Cependant il faut mettre l'accent sur la prévention et sur les soins non médicamenteux comme les groupes de parole qui permettent de se rencontrer et de s'écouter, les ateliers d'art-thérapie etc. Socialement, il faut aussi réapprendre à respecter l'autre. Respecter les limites de chacun : aider concrètement les aidants. Les déculpabiliser : ils ont le droit d'être fatigués d'aider jour après jour et d'avoir de mauvaises pensées. Pour conclure, je pense qu'il faut accepter d'avoir son âge, ne pas maltraiter nos neurones en voulant à tout prix paraître plus jeunes. Comme l'avait dit François Mauriac : « ce n'est pas parce qu'on a un pied dans la tombe, qu'il faut se laisser marcher sur l'autre. »

 

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